Lettre datée du 1er février 1977

Lettre datée du 1er février 1977
Severus,

Impossible de te parler de vive voix, il ne me reste que la voix épistolaire pour me faire entendre.
Je ne comprends toujours pas pourquoi tu prend la mouche comme ça pour une broutille. Tu me connais, j'aime mon indépendance, ma liberté, et j'estime encore avoir le droit de discuter avec qui bon me semble.
Bien sûr que je me suis emportée, dans les escaliers, tu me connais... un peu j'espère! La vérité, je te l'ai dite sur tous les tons: il n'y a jamais rien eu avec aucun autre garçon, pour la seule et unique raison que c'est toi que j'aime. Que j'aime au présent! J'avais cru que c'était réciproque, mais vu la facilité que tu as eue à me quitter, je me rends compte que j'étais plus un poids pour toi qu'autre chose.
Tant que j'y suis à déballer mes vérités, autant affirmer celle que je pensais que tu avais assimilée depuis longtemps: tu es et resteras unique pour moi. Mon unique. La vérité, c'est que je n'avais jamais osé te le dire de crainte de te faire fuire: oui, je t'aime. Par tout ce qu'il y a de plus sacré pour toi je t'aime, et je n'aimerais jamais que toi. Tu es le seul qui m'aille, le seul pour qui je pourrais devenir une farineuse Poufsouffle, le seul pour qui je pourrais me démembrer le plus volontiers du monde, le seul qui me ferait dire des idioties pendant des heures... Le seul pour moi. D'ailleurs, le seul à qui je pourrais dire tout ca en sachant pertinemment que tu détruiras ce papier sitôt reçu. Pourquoi je m'accroche ainsi à toi, à ton avis??? J'avais espéré que nous aurions encore de beaux jours devant nous. Après tout, j'avais bien mis hors lice Cheska, la froideur de nos amis et Potter. Mais comment lutter contre toi seul... Sur ce, il ne me reste qu'à m'effacer et me refondre dans la masse anonyme des élèves que tu ne regardes jamais. Peut-être y trouverais-je des conversations à la maturité douteuse, des élèves me proposant leur amitié après s'être présentés... Mais peut-être y trouverais-je des gens qui font semblant de s'intéresser à moi. Laisse-moi cependant conserver le médaillon que tu m'avais offert, histoire de me rappeler que nous avons été ensemble durant cette période...


Laya

# Online seit Freitag, 17. Februar, 2006 um 11:54

Geändert am Mittwoch, 27. Juni, 2007 um 14:04

5 février 1977

5 février 1977
Il a brûlé ma lettre. Ca va faire une semaine. Je l'avais cachée dans son pupitre d'histoire de la magie. Autant choisir un cours où j'étais sûre d'avoir toute son attention. Il a lu mon message et l'a brûlé de suite. Pardonnez-moi si je fais quelques ratures, ça va faire une semaine que je n'ai rien écrit. Ni dit. Mon entourage ne me remarque plus quand je suis là, pour la simple raison qu'ils ne me reconnaissent pas. Il est vrai que je suis passée devant un de mes reflets dans une vitre : blanche, maigre, anguleuse, les yeux bordés de mauve, les lèvres sèches et un air neutre qui me fait traverser les jours sans les voir. Je n'avais plus parlé depuis sept jours. Le monde ne m'atteignait plus. Une statue, voila ce que j'étais. Glissant sur le sol pour me déplacer d'une salle à une autre faire acte de présence à des cours stupides et vains. L'humanité m'apparaît sous un nouveau jour peu flatteur. Les adultes sont pompeux, arrogants, condescendants avec un perpétuel air de « je suis là pour vous aider ». Et les élèves... Ah Morgiane, les élèves sont encore les pires : d'une niaiserie à peine croyable. Salut, je m'appelle X, tu veux être mon ami ? Oh oui, tiens, tu veux une Chocogrenouille ? Je suis contente de te connaître... Quelle bêtise, que de piaillements pour tuer le silence ! Mais qu'est-ce que je fais là.... Suis-je comme eux ? Peut-être, alors ça expliquerait pourquoi il ne veut plus de moi. Car s'il m'a abandonnée, j'y suis immanquablement pour quelque chose. Je n'ai pas fait son bonheur ? Eté suffisamment attentive à lui ? Il m'a trouvé laide ? Idiote ? J'ai fait quelque chose qui lui a déplu ? MAIS POURQUOI M'A-T-IL LAISSÉE !!!
Il y a quelques jours, j'ai croisé Dragonia. Elle a été effrayée à ma vue et m'a même entraînée à l'infirmerie. Et hier soir, j'ai vu Narcissa dans les escaliers. Elle a fait tout ce qu'elle a pu pour m'arracher une réaction. Et d'un geste tout simple, elle a réussi. Elle m'a prise dans ses bras en me caressant les cheveux. Exactement comme lui. C'est ce qui m'a fait craquer : je me suis mise a pleurer des trombes sur son épaules tandis qu'elle me réconfortait comme elle pouvait.
Soudain, la cause de mon malheur surgit au détour d'un couloir. Severus. J'étais morte de honte qu'il me voie dans cet état. Narcissa, partant d'une bonne intention, lui a demandé directement pour moi pourquoi il m'avait laissé. Comme j'avais provisoirement retrouvé l'usage des mots, nous nous sommes encore criés dessus et il nous a laissé sur place après m'avoir lancé une réponse assez nébuleuse. Non Severus, je ne suis pas satisfaite. Mais à quoi bon parler si c'est pour avoir de telles réponses. Mon mutisme a encore de beaux jours devant lui, mais je sais bien que tu me le paieras. Au quintuple, au centuple...
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# Online seit Samstag, 18. Februar, 2006 um 09:36

Geändert am Dienstag, 26. Juni, 2007 um 09:49

7 février 1977

7 février 1977
Cette nuit, je l'ai vu. J'étais descendue en grande salle pour converser un peu avec la Dame Grise. C'est le fantôme de notre maison... quasiment le seul élément Serdaigle que j'accepte. Elle est très intelligente et cultivée mais n'a jamais trouvé l'amour de son vivant. C'est le seul être avec qui je parle car je me sens proche d'elle. Je la trouve de bon conseil. Mais ce soir, c'est Severus que j'ai trouvé. Je me suis assise à une autre table et commençais à grignoter comme lui, comme s'il était normal que victime et bourreau vienne se retrouver à 4H00 du matin pour se faire un petit pique-nique. Sa présence m'a alourdi les yeux, fait déborder mes larmes... et j'ai reniflé discrètement pour tenter de contenir tout cela et qu'il ne voie rien. Discrètement, ça aurait pu l'être en un autre lieu, mais dans la grande salle, un éternuement de mouche se transforme en Hiroshima. Alors imaginez un malheureux (c'est le cas de le dire) reniflement. Je n'ai entendu qu'un mot de lui. « Arrête ! ». Froid, agacé, lointain. Encore un ordre. Mais celui-ci était de trop.
Je me suis retournée brusquement et l'ai envoyé valser contre le mur du fond d'un Expluso bien senti. Etrangement, il semblait satisfait en se relevant.
« A ce que je vois, tu as retrouvé la parole ?
- Mais toi, toujours pas tes parties génitales. »

Il avait lancé un Protego pour éviter mes sorts. Fort bien, c'était à la main que j'allais le finir. Un coup de griffes. Ca a fait écho à ce jour de neige dans le parc. En tout cas, même résultat : trois belles griffures parallèles d'un rouge dégoulinant sur sa joue. Cette fois, il n'a plus du tout supporté et m'a allongé une gifle retentissante. Je l'avais peut-être méritée... Probablement. Mais à ce point là, je n'étais pas en état de juger quoi que ce soit. Laya sauvage rugissait en moi. Je me suis jetée sur lui et l'ai mordu au cou de toutes mes forces. Je lui ai juste laissé le temps de me faire lâcher prise et lui ai lancé un Silencio. Un tout bête Silencio. Il fallait vraiment que je lui déballe mon sac. Je lui ai craché mon fiel au visage.
Qu'avait-il jamais fait pour moi ? J'avais été la seule à faire des efforts pour que notre couple tienne la route, la seule à tenter de recoller les morceaux. Lui n'avait jamais eu de considération pour moi...
Enfin bref, je lui ai déversé toute ma ranc½ur. Quand j'ai fini de parler, il m'a répondu... car son Protego l'avait...protégé de mon sort de mutisme. Evidemment, je n'y avais plus du tout pensé. Il m' a dit qu'il m'avait entendu, mais qu'il valait mieux pour moi de me choisir un autre garçon. Il a conclu calmement en me répliquant qu'il avait de l'estime pour moi, et que je ne devais jamais l'oublier. Avant de me remettre à pleurer, j'ai battu en retraite. En le laissant dans le plus immense champ de bataille que Poudlard aie jamais compté en son sein...

# Online seit Samstag, 18. Februar, 2006 um 10:35

Geändert am Mittwoch, 27. Juni, 2007 um 14:04

12 février 1977

12 février 1977
Mon mutisme s'est quasiment éteint, j'ai presque retrouvé tout ma crânerie.... Ma douleur s'atténue avec le temps. Et heureusement, car aujourd'hui, j'ai reçu une missive : convocation chez le Professeur Dumbledore. Argh, trois fois argh ! Pour quel motif ! Non pas que je joue les Saintes-Nitouches, mais justement, il y a trop de choix dans mon « casier ». Après avoir donné le mot de passe à la gargouille et tout en montant les escaliers, je faisais tourner mes méninges à toute allure. Avais-je répondu trop insolemment à un professeur ? Avais-je heurté la sensibilité d'un des élèves ? Avais-je manifesté trop de dédain envers ma propre maison ?
Je suis entrée, prête à dire « C'est pas moi ! » à la première chose qu'il me dirait. En fait, il ne me voulait aucun mal. Il m'a vanté mes qualités, mon fort tempérament... et comme une idiote que je suis, je me suis laissée endormir. Et sans crier gare, il m'annonce que j'ai été élue préfète Serdaigle. J'aurais bien pu lui rire au nez mais je me suis retenue juste à temps... car le pire, c'est que c'était vrai ! Il m'a tendu une... allez, osons le dire... mon insigne. Enfin, vous me voyez préfète ?? Moi qui ne suis pas fichue de faire profil bas, moi qui réplique à tout va, qui cogne avant de penser et qui pense qu'elle a bien cogné...
Mais il m'a rassurée et m'a une nouvelle fois chanté mes louanges. Je suis sortie un peu rassurée... mais tout de même ! Me voila dans le camps de ceux que j'ai quelquefois méprisés, un peu raillés, voir rudoyés. Mais étrangement, je ne le prend pas comme une punition. Laya Jackson, préfète Serdaigle... Ca sonne bancal... mais ca sonne.

# Online seit Samstag, 18. Februar, 2006 um 11:18

14 février 1977

14 février 1977
Aujourd'hui, j'ai eu droit à une Saint-Valentin plus rose bonbon que jamais. Les autres années, j'observais ceci avec un ½il on ne peut plus sarcastique. Des petits couples roucoulant en résonance dans tous les coins de cette école, et Morgiane sait qu'elle est cornée ! Partout, des amoureux d'une semaine, issus d'un monde plein de faons effarouchés, de bulles baveuses et de potion d'allégresse se juraient fidélité éternelle, amour absolu, douceur, cadeaux, petits bisoux, mariage, vie, etc etc et gnagnagna... J'aimais bien parier avec moi-même combien de temps ces couples « éternels » dureraient... pour avoir gagné le mois suivant.
Cette année, j'avais bien pensé prendre un petit quelque chose pour Severus. Après tout, il s'était bien souvenu de la date de Noël ! Mais à la suite des évènements, je songeais surtout à passer la journée normalement, me chercher un guide de la parfaite préfète, lancer de la purée froide dans les cheveux de quelques pimbêches que j'ai dans le nez (mais si, c'est compatible !)... une journée banale. Mais c'était sans compter sur le sentimentalisme dégoulinant des Saint-Valentineurs acharnés de chaque année. Impossible d'y échapper. Le seul jour de l'année où le célibat est passible de mort, car considéré comme une maladie (« Oh ma paaauuuuuuvre ! Vraiment je te plains, ça doit pas être facile à vivre. T'en fais pas, ça durera pas... »). Je hais les couples... qui me hurlent que je suis seule, me vomissent leur bonheur au visage et pointent ma solitude de leur paire de doigts. Mes habituelles techniques pour me couper du monde ont eu du fil à retordre, et vous savez pourtant comme je peux être asociale quand je veux. Un peu de musique ? Connaissez-vous UNE chanson qui ne parle pas d'amour ? Un peu de lecture ? Mon habituelle Claudine, de Colette m'a fait défaut : qu'ont-elles donc toutes à se trouver un homme parfait ! J'ai enfin pu tomber sur une belle reliure de Prosper Mérimée et me suis fait une nouvelle amie : Carmen.
Sachez que j'ai adoré, tout bonnement : « Elle s'avançait en se balançant sur ses hanches comme une pouliche du haras de Cordoue. Dans mon pays, une femme en ce costume aurait obligé le monde à se signer. À Séville, chacun lui adressait quelque compliment gaillard sur sa tournure ; elle répondait à chacun, faisant les yeux en coulisse, le poing sur la hanche, effrontée comme une vraie bohémienne qu'elle était. »
A la réflexion, j'avais déjà une forte attirance envers l'opéra qui en a découlé... Que ne suis-je entourée d'une horde de soupirants éperdus... Que ne puis-je leur répondre « Quand je vous aimerais ? Ma foi, je n'en sais rien, peut-être demain, peut-être jamais... Mais pas aujourd'hui, c'est certain ! » Certains puristes me pointeront du doigt avec mes « trucs de moldus ». Et alors ? Quel sorcier dans l'histoire a pu créer une héroïne à laquelle j'ai tant envie de ressembler ? Carmen n'aurait pas écrit de lettre à Severus José, qui lui d'ailleurs, ne l'aurait pas brûlé ! Carmen n'aurait pas été frappée de mutisme une semaine durant, mais aurait dansé la Séguédille sur les tables d'une taverne. Peut-être me pointerez-vous le fait qu'elle se fasse tuer à la fin ? Qu'elle ne serait jamais devenue préfète ? Cependant, pour un jour dans l'année, laissez-moi me rebeller contre tous ces Roméo-Juliette version « la famille est d'accord et personne ne meurt », et me laisser aller à ma provocation habituelle....

Sarcastiquement vôtre, Carmen Jackson

# Online seit Mittwoch, 22. Februar, 2006 um 09:42