J'étais en train de glisser sur la rampe de pierre des escaliers, assise en amazone comme à ma vieille habitude. Et voila que je vois derrière moi un garçon qui en faisait tout autant. Le ridicule ne tue pas... mais peu s'en faut. J'ai re-sauté souplement sur les marches en attendant de lui demander pourquoi il copiait mes habitudes idiotes et qui me sont tellement chères. Mais il s'est trouvé que ce garçon, un certain Franck Londubat, avait de bonnes manières. Bon, une conversation à enrichir bien sûr, mais j'avais du temps à perdre (et il était anormalement gentil avec moi.... Aurais-je du succès auprès de la gente masculine ??? ). Je devisais donc tranquillement avec lui, quand s'abattit brusquement sur nous une grande chose noire et volant au vent... Severus. Le temps que je le reconnaisse, je me mis idiotement à me sentir coupable. Il faut dire que son air accusateur n'arrangeait rien. Il s'est mis à me saluer avec force de phrases à double sens... Ce qui m'a quelque peu énervée. Mon instinct guerroyeur s'est réveillé, je lui ai répondu d'une manière toute aussi sibylline, et la dispute était engagée, sans que le sieur Londubat n'y comprenne rien. Enfin, Severus s'est décidé à décamper et j'ai pu reprendre mon dialogue.
Mais son comportement étrange me restait en tête. Pourquoi m'avoir fait ce cirque alors qu'il brame que nous ne sommes pas ensemble ? Pourquoi je ne pourrais même plus parler simplement avec un quelconque garçon ? Pourquoi je me suis sentie si mal quand il m'a regardée comme ça ? Mais enfin pourquoi, pourquoi ??? Le soir venu, je suis monté en tour d'astronomie en quatrième vitesse. Il fallait que j'exorcise tout ça. Je me suis lâchée comme rarement : je me suis fracassé les poings sur les murs de pierre et j'ai hurlé à m'en brûler les cordes vocales. Il n'avait pas à me surveiller comme ça ! Il n'avait pas à me faire une scène alors qu'il n'y a rien entre nous !! Rien... d'un point de vue officiel... J'en étais à ce point là de mon défoulement quand quelqu'un a eu le malheur de poser le pied son mon territoire de la soirée. J'allais lui hurler tout mon sac d'injures, et l'expulser à coups de sorts quand j'ai vu que c'était juste..... Severus. Encore lui. Encore, toujours et immanquablement. Il a eu l'air surpris de me trouver dans cet état. Moi, j'en étais toujours à me demander si je le faisais passer par-dessus bord ou si je le finissais au poing, quand sortit enfin cette phrase assassine :
« Laya... tu pleures ? »
Comme toute personne normalement constituée, j'ai bravement nié avant de m'effondrer à genoux en sanglotant de toute mon âme. Mais ne me demandez pas pourquoi, je ne saurais vous le dire. Il s'est agenouillé près de moi et avant qu'il pense à rien, je suis vite venue me blottir contre lui. A ce point là, je n'avais rien à perdre... ou plutôt si, tout à perdre. Etrangement, il ne m'a pas repoussée et m'a bercée doucement. Nous sommes restés ainsi quelques minutes, avant de nous rendre compte que si quelqu'un venait.... Mieux valait ne pas imaginer. En nous relevant, il m'a annoncé que, comme il ne recommandait sa compagnie à personne et si je le voulais bien, il valait mieux arrêter de se « fréquenter ». Problème pour lui : j'étais loin de le vouloir. Je lui ai fait une tirade tout à fait incompréhensible et décousue pour lui dire que si je devais souffrir, autant que ce soit avec lui. Je crois qu'il a acquiescé en attendant de comprendre complètement ce que j'avais dit. Nous sommes descendus de la tour silencieusement et sommes partis de notre côté chacun.



